
À Aubusson, la Cité internationale de la tapisserie raconte six siècles d’histoire à travers des œuvres aussi surprenantes que fascinantes. On y découvre bien sûr la célèbre tapisserie d’Aubusson, mais aussi les savoir-faire, les techniques et les artistes qui ont contribué à faire vivre cet art au fil des siècles.
Lors de notre première visite à Aubusson, nous avons eu un véritable coup de cœur pour ce lieu. Depuis, nous y retournons à chaque séjour en Creuse, toujours curieux de découvrir les nouvelles œuvres et les expositions temporaires.
La visite nous fait voyager du Moyen Âge à nos jours, entre tapisseries anciennes, créations contemporaines et projets inspirés de grands artistes et univers, de J. R. R. Tolkien à Hayao Miyazaki, en passant par George Sand.
Publié le 18 juin 2024 · Mis à jour le 4 octobre 2026
La Nef des tentures raconte six siècles d’histoire
Au rez-de-chaussée de la Cité, La Nef des tentures nous fait traverser l’histoire de la tapisserie d’Aubusson. Du Moyen Âge à nos jours, les grandes périodes se dévoilent à travers une sélection d’œuvres mises en scène avec sobriété, dans un décor qui évoque les coulisses d’un théâtre.
Au XVe siècle, les Millefleurs sont à la mode
Les Millefleurs se reconnaissent à leur décor composé d’une multitude de fleurs et de feuilles. La « Millefleurs à la licorne », première tapisserie présentée dans la Nef des tentures, ouvre la visite. Datée des années 1480, elle est la plus ancienne tapisserie identifiée comme ayant été tissée dans la région d’Aubusson.


À partir de la Renaissance, les décors évoluent
Au Moyen Âge, les tapisseries ont notamment une fonction pratique : elles permettent d’isoler les murs et de protéger du froid et de l’humidité. Au fil des siècles, elles deviennent des éléments de décoration intérieure.
Les motifs changent eux aussi. Aux verdures à grandes feuilles, évoquant une nature foisonnante, succèdent des scènes romantiques, des décors floraux, des scènes héroïques ou champêtres, mais aussi des compositions inspirées de l’Orient.



Aubusson devient manufacture royale
Sous Louis XIV, les ateliers d’Aubusson obtiennent en 1665 le titre de Manufacture Royale de Tapisseries. On peut d’ailleurs reconnaître certaines productions à leurs bordures : bleue pour Aubusson, marron pour Felletin ou encore rouge pour les Gobelins.
Au XIXe siècle, la tapisserie connaît un nouvel essor avec le goût pour la décoration intérieure. Les différentes étapes de fabrication se développent dans les manufactures : peinture des cartons, teinture de la laine et tissage.

Au XXe siècle, les artistes reprennent la main
Le XXe siècle marque le renouveau de la tapisserie. Jean Lurçat joue un rôle majeur dans cette renaissance et contribue à remettre cet art sur le devant de la scène. D’autres grands artistes, comme Picasso, Georges Braque ou Vasarely, voient certaines de leurs œuvres transposées en tapisserie.

La tapisserie se réinvente au XXIe siècle
Aujourd’hui, la tapisserie continue d’évoluer et de surprendre. La Cité fait une large place à la création contemporaine, avec des œuvres parfois très éloignées de l’image traditionnelle que l’on peut avoir de la tapisserie.
Parmi celles qui nous ont particulièrement intrigués, la « Peau de Licorne » de Nicolas Buffe associe tapisserie d’Aubusson et porcelaine de Limoges. Autre tapisserie, tout aussi surprenante : « Bleue » de Marie Sirgue, une œuvre en trompe-l’oeil. Ces créations étonnantes montrent à quel point cet art sait se réinventer.


Les techniques de la tapisserie
Après avoir traversé six siècles d’histoire, on s’intéresse cette fois à la manière dont une tapisserie prend vie. La salle suivante nous plonge dans l’univers des lissiers, avec leurs outils, leur vocabulaire et toutes les étapes de fabrication, du dessin préparatoire jusqu’à la « tombée de métier ».
Dès l’entrée, un grand métier vertical attire notre regard. C’est un métier de hautes lisses sur lequel une tapisserie est en cours de réalisation. Une belle occasion de comprendre concrètement le travail minutieux du lissier.


Du carton de tapisserie à la tombée de métier
La visite détaille ensuite les différentes étapes de fabrication. Tout commence avec le carton, le dessin qui sert de modèle au lissier. Viennent ensuite la préparation des fils de chaîne, le choix des laines et des couleurs, puis la constitution du chapelet, qui rassemble les différentes teintes nécessaires au tissage.
On découvre ensuite le travail sur le métier de basses lisses, avant l’ultime étape : la « tombée de métier », lorsque la tapisserie achevée est enfin retirée du métier.
Cette salle est particulièrement pédagogique. Objets, outils, vidéos, schémas animés, interviews et exemples de réalisations permettent de mieux comprendre un savoir-faire qui demande à la fois patience, précision et beaucoup de maîtrise.



Miyazaki et Tolkien à Aubusson
Après les tapisseries historiques et la découverte des techniques de tissage, place à des univers beaucoup plus contemporains. Depuis plusieurs années, la Cité internationale de la tapisserie s’est lancée dans deux projets aussi ambitieux qu’originaux : transposer en tapisserie des œuvres de J. R. R. Tolkien et de Hayao Miyazaki.
Miyazaki tissé à Aubusson
Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant… Six tapisseries grand format donnent vie aux univers d’Hayao Miyazaki. Un projet exceptionnel réalisé en partenariat avec le studio d’animation japonais Ghibli.
Ce qui nous impressionne immédiatement, c’est la taille de ces œuvres, qui occupent parfois des murs entiers. Mais le plus fascinant reste sans doute la richesse des détails. En s’approchant, on découvre les couleurs, les textures et les innombrables nuances du tissage. On pourrait passer des heures à observer chaque détail.
Parmi les œuvres exposées, on retrouve notamment « La Peur de Hauru », inspirée du Château ambulant, et « Le Banquet du Sans-Visage », tirée du Voyage de Chihiro.
La première tapisserie consacrée à l’univers de Miyazaki est inspirée de Princesse Mononoké. Une œuvre spectaculaire qui montre à quel point l’art de la tapisserie peut magnifiquement se prêter à l’univers foisonnant du réalisateur japonais.


Aubusson tisse Tolkien : l’Aventure tissée
Le projet Aubusson tisse Tolkien comprend au total 14 tapisseries et 2 tapis réalisés à partir de l’œuvre graphique originale de J. R. R. Tolkien. Une sélection de ces œuvres est présentée dans les espaces de la Cité, selon leur disponibilité.
Parmi elles, « Rivendell », la cinquième tapisserie du projet, inspirée de Bilbo le Hobbit, ou encore « Christmas 1933 », la dixième, réalisée à partir des Lettres du Père Noël.
Et ici, on peut même découvrir l’envers du décor : une autre façon d’observer le travail du lissier et de mesurer toute la minutie nécessaire à la réalisation de ces immenses tapisseries.



Entre les mondes fantastiques de Tolkien et les paysages poétiques de Miyazaki, la Cité montre ainsi que la tapisserie d’Aubusson n’appartient pas seulement au passé. Elle continue de raconter des histoires et de se réinventer avec les artistes d’aujourd’hui.
Les expositions de la Cité internationale
Depuis 2026, la Cité internationale de la tapisserie dispose d’une extension qui permet de présenter plusieurs expositions en même temps. Lors de notre visite à l’été 2026, nous avons eu le plaisir de découvrir deux œuvres particulièrement impressionnantes.
Hommage à George Sand
Pour célébrer les 150 ans de la disparition de George Sand, la Cité internationale a imaginé une tapisserie monumentale de 23 mètres de long qui a nécessité plus de 8 000 heures de tissage. Intitulée « George », elle est inspirée d’une œuvre de l’artiste contemporaine Françoise Pétrovitch, qui en a également réalisé la maquette.


Le Chant du Monde : l’œuvre de Jean Lurçat
C’est sans doute l’un des grands moments de notre visite : en 2026, Le Chant du Monde de Jean Lurçat est de retour à Aubusson, soixante ans après sa création. Pour la première fois, cette immense tenture composée de dix tapisseries monumentales est présentée dans son intégralité dans la ville où elle a été tissée entre 1957 et 1966.
Avec ses dix tapisseries, Le Chant du Monde est l’œuvre la plus ambitieuse et la plus personnelle de Jean Lurçat. Pensée comme une sorte de testament artistique, elle raconte les inquiétudes de l’artiste face à la guerre, à la violence et aux menaces qui pèsent sur l’humanité, tout en laissant une place à l’espoir et à l’harmonie avec le monde.



Jean Lurçat joue un rôle majeur dans le renouveau de la tapisserie au XXe siècle. En travaillant avec les ateliers d’Aubusson et en faisant entrer dans la tapisserie des compositions modernes, des couleurs franches et un langage graphique très personnel, il contribue à donner un nouvel élan à cet art. Le Chant du Monde constitue l’aboutissement de cette démarche et reste l’une des œuvres emblématiques de la tapisserie du XXe siècle.
Alors, la Cité internationale de la tapisserie vaut-elle le détour ?
Pour nous, oui, sans hésiter. Même lorsqu’on n’est pas particulièrement amateur de tapisserie, la visite permet de découvrir un savoir-faire ancestral et de comprendre comment cet art a évolué au fil des siècles. Et avec les créations contemporaines, Tolkien, Miyazaki ou encore Jean Lurçat, la visite est loin d’être poussiéreuse !
Où manger et où dormir à Aubusson ?
Où manger à Aubusson ?
- Pub 51 Pizzeria : Très bon rapport qualité / prix dans le vieux centre d’Aubusson. 51 Rue Vieille, 23200 Aubusson
- Le Lissier : Cuisine originale. 84 Grande Rue, 23200 Aubusson
Où dormir à Aubusson ?
- Hôtel la Beauze : Bon hôtel à côté de la Cité Internationale de la Tapisserie d’Aubusson. 14, avenue de la République, 23200 Aubusson
- La Villa Louana : Appartements rénovés au centre d’Aubusson. 7 rue des Îles, 23200 Aubusson
Informations pratiques pour visiter la Cité internationale de la tapisserie
- Comment aller à Aubusson ?
- En voiture : Aubusson est accessible depuis l’A20, puis par le réseau routier départemental.
- En transports en commun : Aubusson est desservie par des cars régionaux, dont la ligne R9 depuis Limoges. Vérifiez les horaires sur le site de la Région avant votre départ.
À voir à Aubusson et aux alentours
Au-delà de l’art de la tapisserie, la Creuse possède un patrimoine historique authentique. Voici quelques idées de balades pour découvrir ce département aux multiples facettes.
Pour prolonger votre séjour, vous pouvez consulter nos différents guides sur la Creuse : Que voir à Aubusson et Felletin en 2 jours ?, le site des Pierres Jaumâtres ou 5 châteaux à visiter autour d’Aubusson en Creuse.



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